Jipihorn's Blog

avril 25, 2007

En phase avec le monde

Filed under: Uncategorized — jipihorn @ 2:05

Un sujet est devenu particulièrement à la mode ces jours-ci, et qui fait suite au précédent post de blog : la phase absolue d’un système.
A en croire ce qui est écrit à peu près partout ou l’on aborde ce sujet, c’est un phénomène audible avec certitude, un sens est meilleur que l’autre et il y a consensus dans le petit monde audiophile car travaux, tests et témoignages dignes de confiance viennent étayer ce fait physique.

Le problème, c’est que lorsque l’on analyse de plus près les choses, on se rend compte que, par exemple :

  • Ceux qui prétendent que c’est un fait audible affirment finalement quelque chose d’invérifiable : on doit les croire sur parole. Je ne les croirait que lorsqu’il me présenteront leurs résultats à un test en double aveugle. Car, comment puis-je les différencier de quelqu’un qui dirait l’importe quoi par pure prétention ?
  • Ceux qui prétendent entendre cet effet et qui fournissent des méthodes pour choisir le bon sens sombrent systématiquement dans le subjectivisme vague.
  • Ceux qui n’entendent pas d’effet, hors signaux très particuliers, ne sont pas sensibles à la phase (les pauvres).
  • Ceux qui entendent cet effet privilégient un sens qui est « bon » par rapport à un sens qui est « mauvais »
  • Le bon sens donne un espace plus réel que le mauvais.
  • Mais il y a un gros problème. Oublions un peu notre chaine hifi et allons voir quelques instruments de musique. Ca tombe bien, l’exemple le plus cité comme preuve et démonstration de la notion de phase absolue (ou plutôt polarité) est la batterie, quelque chose que je connais bien.
    Maintenant essayez de répondre à ces questions :

    Qui a le bon son de grosse caisse ? Le public devant ou le batteur derrière ?
    Qui a le bon son de caisse claire ? le public à 90° ou le batteur au dessus ?
    Qui a le bon son général ? le public sonorisé ou le batteur en direct ?
    Qui localise le mieux l’instrument dans l’espace ?

    On se rend compte d’un chose effroyable : qu’il y ait une différence, pourquoi pas, mais il n’y a certainement pas de notions qualitatives ici. Aucun sens n’est « meilleur » que l’autre. Je ne parle même pas de prises de son multipistes (99% des cas) où la notion de phase absolue n’a aucun sens dans la localisation spatiale car la localisation spatiale de chaque micro n’a strictement rien à voir avec celle des instruments tels qu’ils sont posés dans le local. A la limite, on pourrait recréer une toute autre disposition si l’on voulait. Oublions aussi l’impact des effets.
    A ce sujet, Dave Weckl, qui sonorise toujours lui-même son instrument (et ses disques sont extrêmement bien enregistrés à ce niveau) a sorti une vidéo sur comment faire son son et il parle justement du choix phase/hors phase des micros. La technique est simple et logique, on choisit le sens ou l’on évite au mieux les problèmes d’interaction entre micros. C’est peut-être une évidence, mais pourtant, non. Chaque micro prenant un peu de ce que prend l’autre (sans compter les micro d’ambiance qui prennent tout) , vu les distances et les décalages temporels qui peuvent arriver, c’est un des moyens d’éviter (ou tout du moins minimiser) des annulations de phases. Mettre tous ses micros en phase, c’est être sur d’avoir des gros problèmes au final quand il faut mixer. C’est du B.A.BA de la prise de son mais c’est souvent un domaine superbement ignoré car hors couple ORTF, point de salut.

    Maintenant, revenons un peu à notre chaine. Des références sérieuses ont été citées sur Delphi pour expliquer et gérer ce « problème ». Et au delà, définitivement rendre quasi axiomatique l’audibilité de la phase absolue. Regardons de plus près ces références :

    La première : http://www.gcaudio.com/resources/howtos/absolutephase.html
    Après une définition de la notion de polarité, on se rend compte que c’est très difficile parce que la chaine sonore complète peut aléatoirement avoir subit des inversions, quand ca n’est pas qu’une partie des instruments. Dans ce dernier cas de figure, quel est le bon sens ?
    Mais bon, ca s’entend et il y a un sens meilleur. Comment le trouver ? Essayez et prenez celui qui donne une image plus large, une meilleure précision de l’image centrale et un meilleur effet de profondeur. En gros, faites comme vous le sentez avec vos oreilles. Par quel miracle un sens donnerait de telles améliorations ? Le batteur derrière sa grosse caisse aura une localisation floue et une image 3D moins bonne ? Voila un article au contenu vide et sans intérêt, complètement basé sur l’axiome « ça s’entent et y a un sens meilleur ». Donc, première référence inutile pour notre problème. J’aime aussi beaucoup le truc de David Fletcher. Le problème c’est que ca prouve absolument rien et ca n’a rien à voir avec l’effet Haas.

    La deuxième,http://www.soundstage.com/maxdb/maxdb101999.htm, est un monument dans le genre prétentieux et grotesque. Tout d’abord, il faut comprendre que les chercheurs et les audiophiles qui ont tenté d’entendre un différence sont des gros nazes car leur moyens d’évaluer sont biaisés dès le départ. Et oui, si l’on change la polarité, non seulement les HP vont bouger à l’envers, mais aussi l’électricité dans les appareils et les câbles ! Déjà que simplement retourner un câble change le son, vous vous rendez bien compte que c’est illusoire de discerner la phase absolue du reste. Dommage que le ridicule ne tue plus… Et lors de l’enregistrement, les inversions et leur impact sur l’électronique ?
    Si les systèmes électriques ont un son différent si on les utilise en changeant la polarité, c’est qu’ils sont en panne ou qu’ils produisent de la distorsion paire en pagaille.
    Plus on lit cet article, plus on se rend compte que ce n’est qu’un ramassis d’âneries subjectivistes éculées avec toujours les mêmes rengaines, avec une apothéose qui définitivement ridiculise ce grand auteur qui se croit très malin :
    Comme changer le sens des connections pose un problème, il y a une méthode dont il semble très fier : l’inversion de polarité numérique. Et oui, dans ce cas, les câbles et le reste ne bougent pas. Suffit d’avoir un DAC ou un lecteur CD qui a une inversion de polarité… Personnellement, je ne connais pas de référence de DAC qui inverse coté numérique (ce qui imposerait de changer les valeurs binaires). Alors du coté analogique ? Ben, non, sinon, on se retrouverait dans le même cas de figure que de changer le sens des câbles (ou mettre un suiveur inverseur).Le problème c’est que… ca change rien et qu’il n’a même pas compris la base même du truc. Un expert vous dis-je. Le courant ira dans l’autre sens, que je change les câbles ou que j’inverse la source. Enfin, bon, c’est un excellent texte, très drôle, tellement c’est du grand n’importe quoi.
    Donc, deuxième article, out. Aucune valeur.

    Le troisième, http://siber-sonic.com/broadcast/polarity.html, est moins caricatural et plus subtil. C’est ce qui le rend plus « dangereux». Les articles présentant un effet ignoré par tous et qui est pourtant très prononcé a tendance à me faire douter. Je ne sais pas pourquoi, mais j’y crois pas. Comment un effet aussi évident (car il est décrit comme tel), peut-il encore être si controversé ? A ma connaissance, je ne connais aucune caractéristique physique « évidente » dont l’existence est mise en doute…
    L’expérience citée dans cet article (parler sur sa propre voix, en gros) n’a aucun intérêt en soi. Car, encore une fois, qu’est ce qui est mieux ? Sa propre voix que l’on entend par propagation solide ou sa propre voix que les autres écoutent par propagation aérienne ? Quelle est la phase relative entre ces deux situations ? S’entendre au casque en opposition de phase avec soi-même ne nous aide pas. Je peux admettre que c’est gênant quand on s’entend au casque hors phase en même temps que l’on parle, mais, dans un contexte d’écoute d’une chaine, c’est un peu hors sujet (ou alors, s’entendre parler hors phase sur sa propre chaine). Ce texte est non pertinent dans notre contexte et il ne montre qu’une chose, s’écouter déphasé pose un problème. Mais la, on s’en serait un peu douté.

    Tout ceci ressemble furieusement à des textes de la qualité de la thèse de Cheever dans un autre domaine ! Qu’importe si c’est du n’importe quoi, pour peu que ça aille dans le bon sens.

    Ensuite, plus sérieux, un article de L’AES.
    Dommage, je ne l’ai pas trouvé dans la E-librarie qui pourtant, est censée contenir toute la bibliothèque. Vu le titre, c’est plutôt une tentative de pratiques recommandées pour conserver au mieux la phase absolue (pourquoi pas ?). Ca ne mange pas de pain.
    si l’on veut des articles de l’aes sur le sujet, on peut trouver par exemple :

    « Proofs of an Absolute Polarity » J.Clark septembre 1991
    « Observations on the Audibility of Acoustic Polarity » Greiner, R. A.; Melton, Douglas E. septembre 1991
    et plus intéressant, la mise à jour
    « Observations on the Audibility of Acoustic Polarity » Greiner, R. A.; Melton, Douglas E. Avril 1994
    et les commentaires sur l’article de Monforte, John; Karley, Brent; Greiner, R. A en mars 1995 dont la conclusion est très intéressante :

    Does this mean that polarity inversion is not audible? Our conclusions are analogous to those obtained by researchers looking for signs of extraterrestrial intelligence. We have not heard from another civilization yet which is to say that based on the amount of searching we have done so far we are certain that no one is screaming at us for our attention. Our conclusion, and we believe the correct conclusion from the results of the Greiner and Melton team, is that if polarity inversion is in fact audible, we cannot yet provide an audio system capable of revealing it to us.

    En gros, rien de nouveau : sur des signaux bien choisis, on entend une différence (et évidemment il n’y a aucune notion de « qualité »), mais sur des enregistrements plus complexe, c’est extrêmement plus difficile, même sur des signaux réputés asymétriques. Pas mal de tests sérieux et chiffrés sont publiés dans ces textes de l’AES. Et en plus, un sens n’est pas « meilleur » que l’autre. Il est éventuellement différent et ce qui est décrit correspond à ce que j’ai pu essayer sur des echantillons avec un Stax. Et de tous ces textes risibles, aucun n’a de valeur pour démontrer quoique ce soit. Le 3615 google, c’est facile. Sortir des vraies références pertinentes, la…

    Plutôt que de perdre son temps sur ces considérations tout à fait futiles, occupez vous de la salle.

    Jipi.

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