Jipihorn's Blog

janvier 11, 2008

Garde le tempo, fils !

Filed under: Uncategorized — jipihorn @ 2:56

Celui qui visite ce site verra pas mal de références à la batterie, un instrument bien défouloir, même si, contrairement à ce qu’on pourrait penser quelque fois, est extrêmement difficile à maitriser si l’on veut sortir des grooves de rock habituels.
Au delà de la lecture et de la technique, il y a un aspect beaucoup plus difficile à aborder. Selon le style, on peut appeler ça le groove ou le swing. En gros, cela se concrétise à une distorsion légère du tempo dans le jeu et dans le placement des coups dans le temps. Ceci est souvent décrit aussi par « jouer en avant/en arrière ». La culture dans laquelle on a évolué joue énormément sur la perception du groove, ce qui fait qu’un musicien classique a beaucoup de mal à jouer du jazz « à la manière de ». Cela représente un gros travail d’écoute. Ceci explique pourquoi Trilok Gurtu, le fameux percussionniste indien ou Horacio Hernandez considéraient que jouer du jazz a été pour eux la chose la plus difficile qu’ils aient à apprendre. Alors que Mike Mangini s’est fait rappeler à l’ordre par Hernandez quand il a tenté de jouer une rumba avec le placement mathématique dont il a le secret.
Ces swings différents représenteraient en toute rigueur des fautes d’exécution, car cela ne correspond pas rigoureusement à ce qui serait écrit. Et réciproquement, si l’on demandait à un ordinateur de jouer de la sorte, cela pose beaucoup de problèmes pour décrire comment légèrement modifier la justesse. Ce sont des possibilités que l’on a maintenant dans tout bon séquenceur, bien qu’il y ait distorsion temporelle un peu trop constante pour être encore considérée comme humaine. Car au delà du swing adapté à tel style, chaque musicien a son propre petit truc qui n’est pas non plus constant d’une exécution à l’autre. Toute cette complexité uniquement rythmique (je ne parle pas ici de l’aspect dynamique de jeu qui est tout aussi importante pour définir tel ou tel groove) est le fondement même de l’art musical en soi. Rien de permet de dire que tel groove est bon et tel autre est mauvais. Simplement il adhère ou pas à tel ou tel modèle existant. Celui qui crée de nouveaux grooves reçoit souvent un accueil glacial car il n’y a pas de référence ou de compréhension immédiate. C’est un peu ce qu’il se passe quand on écoute les systèmes rythmiques par couches de Virgil Donati ou Marco Minnemann où le 11/8 se superpose à un quintuplet de noire. Ils sont exécutés d’une manière parfaite, avec un touché personnel pour chacun, mais personne n’avait osé le faire avant. Pour le profane, c’est du n’importe quoi. Ou dit autrement, ça n’est pas musical, c’est artificiel. Pourtant, le jour ou ces grooves particuliers seront intégrés, ils changeront de catégorie, tout en restant ce qu’ils sont tels qu’ils ont été créés.
Cette longue introduction ne fait que montrer que, même en musique, la notion de « naturel » ou « pas naturel » est totalement arbitraire. Ceci peut être tout à fait transposé aux instruments eux mêmes qui génèrent le son d’une manière « naturelle » (on va dire à l’ancienne) ou pas (on va dire électronique). Après, quid de l’instrument « naturel » amplifié en live ou du synthé reproduisant des échantillons de haute qualité d’un instrument réel ? Difficile…
En fait, la notion de naturel ou pas est un piège subjectif. A partir du moment ou un son existe il est naturel par définition. La méthode n’a aucune importance, ce qui compte, c’est ce qu’on en fait. La notion de « musicalité » n’a rien à voir avec le son en tant que tel, mais le contexte dans lequel il est utilisé. Rien n’empêche de faire de la musique avec des échantillons de distorsion de croisement d’un mauvais ampli de classe B. A partir du moment ou le même son peut être ou pas musical montre bien à quel point la notion de musicalité, chère aux subjectiviste n’a rien à voir avec le son qui arrive aux oreilles. Il a avoir avec l’envie ou pas de le considérer comme tel. Le signal ne contient aucune émotion ou quoique ce soit en lui même, c’est une information purement rattachée après coup fabriquée selon les conditions rattachées au son perçu.
Mais je suis sur que mes détracteurs se demandent bien où je vais en venir…

Tout ceci pour dire que, même si tel appareil produirait des modifications audibles, rien n’interdit que ce qui est perçu soit musical, excepté la non volonté qu’il le soit. L’auditeur est seul responsable, d’autant plus que ces « différences » existent même si ce qui entre dans les oreille n’a pas bougé.
Cette notion de message musical ou pas est le premier point.

Revenons au rythme et penchons nous un peu sur une propriété étrange : les appareils qui le modifient. Je ne parle pas de traitements numériques qui allongent sans changer la hauteur ou même de platines vinyle. Je parle d’amplificateurs ou de câbles qui seraient susceptibles de modifier (ou d’être plus précis) la perception du positionnement des notes dans le temps.
Personnellement, je n’ai jamais entendu d’appareil donnant une telle impression et d’ailleurs cela me semblerait particulièrement étrange. Si c’est le cas, je pencherais plutôt pour une panne. Mais n’allons pas trop vite, après tout, il est peut-être possible de trouver une explication…

A priori, j’en verrais une qui pourrait s’appliquer à quelques enregistrements particuliers, qui serait simplement liée à un changement de la courbe de réponse du système dans le bas. Une note qui démarre avec une fréquence très basse, en dessous du seuil audible avec telle combinaison Ampli-câble-enceinte, deviendrait audible avec une autre, par exemple avec une impédance de sortie supérieure (le niveau serait augmenté lors de la montée d’impédance de l’enceinte, la ou la résistance de sortie de l’ampli devient moins prépondérante). Ce qui donnerait une impression de commencer un peu avant et de changer le groove global. Ou alors, une distorsion qui apparaitrait et qui serait audible au départ dans un cas, donnant l’impression de démarrer avant. Pourquoi pas ? Ici on est simplement à un déplacement dans le temps des notes et non à un changement de tempo, ce qui rallongerait la durée du morceau.
Mais la, on est simplement dans un simple problème de courbe de réponse, rien à voir avec une interprétation magique de l’ampli, un contenu modifié qui met à mal le système cognitif humain qui rejette le message ou qui met plus de temps à le comprendre…Je sais pas pourquoi, mais la première explication me semble tellement plus raisonnable, surtout quand on essaie de m’expliquer que tel ou tel appareil a l’intelligence de faire que le groove soit ce qu’il doit être. Les appareil hifi intelligents, capables de discerner des propriétés que l’on ne sais même pas définir (et encore moins mesurer), je les laisse aux vendeur de matériel.
Ce phénomène de changement de groove est nommé depuis longtemps par les subjectivistes par le terme PRAT (Pace, Rythm and time), un acronyme qui mélange des termes plus ou moins heureux et synonymes. Bien entendu, aucune trace d’étude dans les écrits de l’AES, comme beaucoup de phénomènes phare tant appréciés de Stéréophile (comme cet article de l’ineffable Martin Colloms, régulièrement cité par The Audio Critic). Une référence sérieuse, en effet… Un article particulièrement représentatif du genre avec moult affirmations péremptoires et rien derrière, histoire de bien brosser le subjectiviste dans ses convictions établies d’avance.

Pourtant, c’est facile de vérifier un tel effet : un micro avec un bon magnéto qui enregistre les deux situations censées donner deux grooves différents. Ma boite aux lettres est ouverte, j’aimerais vraiment recevoir deux enregistrement de la même chose donnant deux impressions de tempo différentes. Je serais le premier à trouver ça absolument super ! D’ailleurs, cela pourrait-il arriver avec un DVD où dans ce cas, un décalage avec l’image pourrait survenir !

D’ailleurs, à ce sujet, Audioholics relate un peu l’histoire de Pear Cables et ses produits à haut PRAT. Comment peut-on prendre au sérieux de tels concepts, systématiquement présent uniquement chez la même presse subjectiviste ?

Le problème est que, même si il y a un changement de groove, on peut se demander quelle est la bonne version ?
C’est un peu comme la phase absolue, qui a raison, le batteur ou le public ?
Ou encore, pour le même exemple, la batterie qui prend toute la largeur de la scène stéréo. qui a raison ? Le batteur ou le public ?
N’oubliez pas un chose, il ne faut pas confondre « différent » et « meilleur ». Facile de dire que c’est différent, diablement plus difficile de dire que c’est meilleur. Mais bon, pour l’égo, il est bien plus valorisant de donner des échelles de valeurs. Ça fait beaucoup plus sérieux que de dire « c’est pas pareil », mais bon…Et c’est perçu comme un vrai signe de compétence et suscite beaucoup plus d’intérêt de l’auditeur.

Petits exercices pour s’entrainer à écouter des choses qui sont quasiment impossibles à mettre sur papier à cause de l’interprétation fluctuante imposée par le style :

Duo Colaïuta/Marotta qui, de très carré passe sur du très tiré en arrière (bien écouter la cloche) sans que le tempo change…

Duo Smith/Hamilton
dans la plus grande tradition swing jazz ternaire mais pas tout à fait (ici dans Salt Peanuts). La aussi, grande distorsion du temps avec un tempo inébranlable. Malgré des gros défauts dans le son, le swing est toujours la. Quicktime aurait un gros PRAT malgré les saturations et défauts ?

Et puis bon, pour la route, la preuve que des mesures impaires sont aisées à écouter, à défaut d’être jouées, Marco Minnemann , introduction sur une clave 4/4 et 7/8 alternés, et groove principal sur 7/8 – 6/8 alternés. Quelques passages en 9/8 et éventuellement 4/4 pour rigoler. Funky, non ?

Jipi.

Travaillant dans le domaine de la colorimétrie, il existe un effet analogue au PRAT dans la vision. Elle est parfaitement visible, tout le monde a déjà du s’en apercevoir par exemple dans une voiture dans le noir avec par exemple une horloge ou un voyant qui semble bouger différemment du véhicule, avec un retard bien visible. Ce phénomène est simplement du à un décalage dans le temps entre ce qui est perçu par les cônes (l’horloge ou le voyant) et les bâtonnets (le reste sombre). Ce retard est vraiment du au hard et non à l’interprétation qui s’en suit. Le même effet en beaucoup plus atténué existe entre les différents cônes qui ont des temps de réponse légèrement différents du au pigment excité. On peut s’en apercevoir en regardant du texte rouge, vert et bleu sur un fond noir. Ils semblent être à des profondeurs légèrement différentes. Essayez avec ceci. Les liens en bleu semblent derrière le texte vert qui suit…

Un commentaire »

  1. Je viens de lire votre article parlant du groove. Je ne suis pas d’accord avec vous,quand vous dites « rien ne permet de dire que tel groove est bon et l’autre mauvais. La batterie j’en ai une certaine pratique,je ne vais rentrer dans les détails. j’écoute énormément de musique différente depuis le classique, en passant par le rock, le blues, le jazz etc… je vais donc vous donner un exemple concret. Vous prenez le groupe ACDC et le morceau  » the jack »,c’est un blues. Vous prenez l’album « if you want blood »,c’est un album enrégistré en publique en 1978. Le batteur ( Phil Rudd) qui joue sur cette album est le batteur original du groupe. La façon de jouer ce blues est remarquable, il est très bien placé dans le tempo, pour moi c’est parfait. Maintenant,14 ans plus tard, le même morceau joué avec le même groupe en live également, avec un autre batteur (album ACDC LIVE). Pour moi, c’est un moins bon musicien, malgré peut être sa plus grande technique. Il ne donne pas la même pulsion au morceau, c’est flagrant, et le tempo est à mon avis trop rapide. Et comme c’est le batteur qui donne le tempo. J’ai regardé votre blog, et je suis assez d’accord avec vous sur ce que vous dites en général. Mais vous avez aussi des gens qui possèdent beaucoup de compétence technique et qui ne savent pas faire fonctionner une installation audio convenablement,simplement parce qu’ils sentent pas.On ne sais pas expliquer tout les phénomènes. C’est comme en médecine, la majorités des allopates ne croient pas à l’homéopatie, ils vous disent,que la dilution est beaucoup trop forte et qu’il n’y a plus d’effets. Alors qu’ont mexplique pourquoi un requin peut détecter 1 litre de sang dans 10 million de litres d’eau.

    Commentaire par combaz — septembre 5, 2010 @ 10:37


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