Jipihorn's Blog

mai 25, 2010

Béotien et frotte-manches partie 1 : l’effet Dunning-Kruger.

Ceci est un article en plusieurs parties servant de soutien à la dernière qui servira d’exercice d’application. Il est publié dans l’ordre inverse, ce qu’il fait que les articles sont dans l’ordre de lecture et vous pouvez lire les suites :

Béotien et frotte-manches partie 2 : kit de détection de foutaises.

Béotien et frotte-manches partie 3 : bruit blanc sémantique.

Béotien et frotte-manches partie 4 : étude d’un… hem… cas.

Peut-être que certains d’entre vous ont entendu parler de l’effet Dunning-Kruger. Pour les autres, cet effet est un biais cognitif qui se matérialise par une surévaluation des compétences par les incompétents et réciproquement. L’étude de Justin Kruger et David Dunning parue en 1999 dans le revue Journal of Personality and Social Psychology est très sérieuse, bien que peu politiquement correcte, malheureusement en anglais. D’ailleurs, cette étude a reçu l’Ig nobel 2000, tellement elle semble décalée. Attention, si l’Ig Nobel était à ses début défini comme un prix récompensant les études « ne peuvent pas ou ne doivent pas [sous-entendu, car inutiles ou nuisibles] être reproduits », il est depuis défini comme « Faisant rire les gens au premier abord, puis les fait réfléchir ». Ceci pour préciser si certains pourraient se sentir visés et aller foncer sur la version française de Wikipédia qui est fausse.

Ce texte montre une espèce d’universalité sur la surévaluation de ses compétences lorsque l’on n’en a pas. Elle étudie ce phénomène dans différents contextes avec des résultats similaires. Il faut bien admettre qu’elle ne fait que mettre au jour quelque chose que l’on suspectait déjà. Il est probable que tous les lecteurs qui se sont spécialisés dans un domaine se souviennent comment ils étaient en tant que débutant et comment ils perçoivent leurs compétences en tant que confirmés. Attention, ça n’est pas une question de temps (les compétences n’arrivent pas tout cuit en attendant et en tournant en rond), mais de formation et de pratique. Des variantes existent comme « l’illusion de supériorité » ou l’effet du Lac Wobegon, ce dernier s’appliquant plus à un groupe qu’à un individu.

Moi même, quand j’étais gamin et que je faisais mes circuits imprimés, je me voyais alors comme un cador en électronique. Effectivement, faire des circuits c’est facile, mais de là à percevoir tout le monde qu’il y a derrière, il faut le vouloir. On peut rester toute sa vie à ce niveau, pensant être compétent, alors que l’on a une connaissance du domaine ridicule. Une fois dans les cours sérieux d’électronique, la, on se remet en question, on jette tout ce que l’on sait (qui est souvent faux car on a tendance à créer ses propres théories) et on commence à causer sérieusement. Plus on se spécialise, plus on se rend compte de ses lacunes, ce qui fait que, finalement, les plus compétents sont souvent les plus prudents (je n’ai pas dit modeste).

Même chose en musique. Après avoir joué tout seul des rythmes de rock, on se prend à être le meilleur car on sait jouer ce qu’on a sur ses disques. Et puis un jour, on rencontre un prof compétent et l’on aborde tout à coup la lecture de partition, le solfège, la technique… Et on se rend compte que l’on ne sait rien. Et puis, on apprend, on travaille (chose que je n’ai pas assez faite à l’époque malheureusement) et on reste prudent car plus on avance, plus on se rends compte que l’on en a seulement juste égratigné la surface.

Autre domaine, l’informatique. Quand on est ado, on se prend pour un hacker de génie. Parce que l’on fait de l’assembleur, qu’on fait quelques algorithmes malins, on se prend pour un grand informaticien. Puis, on se retrouve dans une boite avec des gens qui font ça depuis des années. Et puis, on s’en prend une bonne dans la tronche : on se la ferme et on écoute. Écrire du logiciel pour de la production industrielle, ce n’est pas faire du bidouillage. Et ça, il faut des années de pratique pour commencer à dire, par exemple, je connais bien la programmation C++ (ici, je ne parle que d’un langage). On rencontre l’effet simplement dans les CV d’étudiants fraichement débarquées de leur école ont des CV avec 15 langages, 10 méthodes, 10 systèmes d’exploitation. Et puis, au bout de 20 ans de métier, on peut se dire que l’on connait réellement qu’une poignée de langages, quelques technologies, aucune méthode applicable telle quelle en pratique et les évolutions du même système d’exploitation.

Avec le temps, la dure réalité rattrape toujours quand on se retrouve face à des vrais experts. Avoir entendu parler, ça n’est pas connaitre. Et, lorsque l’on n’a pas eu la chance de prendre sa fessée, les lacunes sont souvent comblées par des théories fausses crées ad-hoc, souvent inconsciemment pour « expliquer » les manques éventuels d’une connaissance limitée.

Prochaine partie : comment détecter les foutaises avec une compilation des techniques de Carl Sagan, Michael Shermer et Brian Dunning

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Un commentaire »

  1. Article très intéressant qui fait vraiment réfléchir sur ces compétence !

    Commentaire par Steven — avril 16, 2017 @ 4:07


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