Ces blogs sont pratiques, ils ont des outils de gestion qui offrent des statistiques globales sur les visites et les thèmes les plus consultés. Au top 3, on retrouve Redheko, le fameux billet sur Earl Geddes (et en quoi J.M. Le Cleach’ ne pourra jamais s’en approcher de près ou de loin) et Burson. Petite dédicace aussi à Sakuma aussi qui a eu son succès d’estime.
Et bien oui, Thierry a pu avoir un Burson (double) à tester et mesurer (sur un banc de mesures Audio Precision Portable One Plus). Enfin ! Il a fallu un bout de temps pour en chopper un et les résultats ne sont pas piqués des hannetons.
Burson, à notre connaissance, n’a publié aucun datasheet sur leurs produits, chose unique lorsque l’on fournit des composants de ce genre, censés se substituer à des produits qui, eux, ont des datasheets fleuves. En fait, c’est un peu logique, car Burson sous-traite ses produits et je suspecte carrément qu’ils n’ont strictement aucune idée de comment ils fonctionnent. Et bien sur, là où commence l’ignorance, commencent les arguments audiophiles. Ajouter à cela quelques « pointures » bruyantes qui en font la promotion et c’est parti ! Des modules vendus 55 € la pièce, probablement produits à un coût de misère (vu les composants dedans), qui se vendent comme des petits pains.
Des produits sans arguments solides et sérieux, c’est plus fort que nous, ça suscite une méfiance : le détecteur de foutaises est dans le rouge. D’autant plus que le constructeur nous a aimablement demandé de les mesurer nous même. Et donc, voila, enfin nous avons pu mettre la main sur ces modules et voir un peu ce qui se cache derrière.
Pour être honnête, on peut trouver un banc d’essai effectué par Ed Simon sur AudioXpress. Ce banc d’essai est juste, il n’y pas de mensonges, mais il est intellectuellement malhonnête (par omission ou diversion), probablement pour occulter la réalité des choses, comme nous allons le voir. Par ailleurs, j’ai écrit dans un autre billet de ce blog que quelqu’un d’autre avait mesuré ces modules et publié les résultats sur le forum d’Elektor. Mais après relecture, il n’est pas du tout clair si cette personne parle bien des Burson ou d’un autre montage qu’il a réalisé. J’ai posé la question, mais je n’ai pas eu de réponse. Réponse donnée aujourd’hui 24 décembre 2009 à ce sujet, effectivement ces mesures ne concernent pas le Burson, mais l’autre montage décrit.
Après, les testimoniaux ou autres faux bancs d’essais pompeusement recopiés par Burson n’ont strictement aucune valeur réelle.
Des mesures de NJM4580 (Bouuuuuuh !), NE5532 (a.k.a « la bouse ») et OPA2604 (mouais…) sont fournies pour comparaison.
Pour commencer, voyons du coté de la THD, IMD et rapport signal/bruit (Cliquez sur l’image pour la voir à taille réelle).

Ces mesures sont faites sans charge (r=∞) et sous 510 Ω, ce qui n’est pas très élevé (ou faible selon le coté ou l’on se place). Je crois qu’il n’y a pas de longs discours à faire sur les résultats, avec une distorsion très, très, très élevée du Burson dès qu’il est chargé. Ces mesures donnent le signal RMS maxi avant écrêtage, les AOP étant alimentés sous +/- 15V. Sans charge, le Burson s’en sort honorablement, même si il fournit 25 fois plus de distorsion qu’un 5532. Mais avec une charge… 1200 fois plus qu’un NE5532 ! Que dire de l’IMD qui est catastrophique (quasi 4% !!!) sur 510 Ω? Ah, c’est sur que si ces modules sont chargés, dès qu’ils vont fournir un peu de tension, le son va devenir… différent. Ces modules sont silencieux, mais leur taille pourrait les handicaper dans des milieux parasités.
Un petit coup d’œil sur les courbes en fonction de la fréquence (Cliquez sur l’image pour la voir à taille réelle) :

Même conditions que les mesures précédentes. On remarquera la parfaite linéarité de la distorsion du Burson : il distord beaucoup, partout. Remarquons les différences d’échelle pour faire tenir les courbes… Voyons voir comment cette distorsion varie avec le niveau de sortie (Cliquez sur l’image pour la voir à taille réelle) :

On ne publie pas les autres AOP ici, leur distorsion ne varie quasiment pas avec la charge ou le niveau de sortie avant écrêtage. A part donner un tableau de valeurs constantes, ça n’a aucun intérêt.
Le comportement du Burson est pour le moins surprenant. Sans charge, la distorsion est moyennement faible (beaucoup plus élevée que les autres) et suffisamment basse pour ne pas être entendue. Par contre dès qu’il y a une charge, c’est catastrophique : 1V RMS et hop la distorsion explose. Ça fait peu pour un module alimenté sous 15V. Personnellement, je n’appelle pas ça un ampli op, mais je préfère être poli sur le terme. C’est ici que l’on voit que l’article de AudioXpress n’est pas objectif, car, en regardant bien, on les voit très bien dans cet article, tous ces problèmes. Toutes les figures ont une courbe en haut que l’on penserait être autre chose, mais non, c’est bien le Burson qui commence à distordre, mais le test est limité juste avant que la distorsion ne s’envole (sauf pour la mesure sous +/- 6V ou l’auteur en profite pour dire que quand la tension d’alimentation augmente, la distorsion diminue ; il suffirait d’augmenter légèrement la tension de sortie pour la voir réapparaitre). Le texte passe pudiquement là-dessus. L’avant-dernière courbe (fig.5) montre bien que ce module ne peut pas sortir plus de 2V RMS sans que la distorsion explose et dans cet article il manque toujours une donnée pour connaitre les conditions exactes de mesure (par exemple la charge dans les dernières courbes). Et il ose dire que de toutes façons, en sortie de CD , on a pas besoin de plus de 2V donc tout va bien, pas besoin de montrer les problèmes… A cela ajouté les courbes reproduites en noir et blanc et la confusion est complète.
Après, nous dira-t-on, si c’est de la H2, ca doit pas être trop horrible finalement. Le constructeur aurait essayé de mimer un ampli SE par exemple. Et bien, voyons voir quelques photos d’oscilloscope, histoire de vérifier tout ça (Cliquez sur l’image pour la voir à taille réelle) :

De gauche à droite : Burson dans 1kΩ, 510Ω et 100Ω, 2V RMS en sortie, NE5534 quelque soit la charge jusque 68Ω dans les mêmes conditions (0.0007%). Difficile de prendre ça pour de la distorsion douce. Effectivement, ces modules vont sonner… différemment. Même la forme de la distorsion est consternante, qu’importe la fréquence, et ce très rapidement. Pas étonnant que ce circuit ne marche carrément pas dans certaines configurations. On assiste là à une conception très douteuse du circuit, rien de plus : ridicule.
Allez, un petit tour pour voir la forme du slew-rate (Cliquez sur l’image pour la voir à taille réelle) :

Ici, rien de spécial, tout se ressemble plus ou moins (de gauche à droite : Burson, TI NE5532AP et OPA2604AP). C’est le seul cas ou le Burson ressemble un peu à un AOP !
D’autres données vont être ajoutées, comme la distorsion en fonction de la charge comparée entre différents AOP, juste le temps de les scanner.
Donc, quelles conclusions peut-on en tirer ?
Si nous voulons rester poli, je dirais que ces modules ne tiennent en rien une quelconque promesse de remplacement d’un quelconque AOP que ce soit. Non, non, le module n’est pas en panne, les deux canaux ont des comportements identiques. Il atteint aucun critères de base des AOP auxquels il est censé se substituer. Il est incapable de fournir plus de 2V RMS sans distordre, et encore, faut pas trop le charger (un comble pour un module discret, surtout quand on voit ce qu’il consomme !!!). A l’instar de leur « super régulateur » qui peut à peine fournir le dixième de ce que peuvent fournir les régulateurs qu’il est censé remplacer, ces « ampli opérationnels » sont à éviter comme la peste, surtout pour le prix. Non, ces modules ne sont pas des AOP. Ils ne se comportent pas comme tel, on en est très loin. Sur tous les paramètres, il se fait ridiculiser par les composants les plus détestés des audiophiles mais qui sont quasiment impossibles à surpasser, surtout avec du discret (pas assez chers, mon fils !). Ajouté à cela leur taille qui les rendent plus propices à capter un peu ce qui traine et dégrader le rapport signal/bruit, la, on voir vraiment l’intérêt ! A 55€ le double, on a 250 NE5534 pour le même prix sans chercher très loin avec des caractéristiques aux antipodes. Faut-il être aussi masochiste pour autant aimer se faire arnaquer de la sorte ? Ou alors, utilisé jusque 1V sans charge, oui, ca doit marcher comme n’importe quel AOP, il doit en être indiscernable. Mais bon, si c’est pour avoir si peu, c’est la honte.
Ces silences plus silencieux, ces micros informations transcendantes, cet espace sonore, cette scène vivante, cette quintessence d’émotion sonore, voila des termes bien compliqués pour de la distorsion dure de rang élevé. Pour ceux qui les utilisent en deçà des seuils critiques, l’effet d’expectative (et le prix) suffit amplement à expliquer les « différences » entendues. A quand une vraie comparaison entre Burson (quand ils distordent pas à mort) et 5532 en double aveugle par les ténors promoteurs de ces modules ? Dans ce cas, si ils entendent réellement à coup sur une différence, y a un million de dollars pour eux (ce qui nous changerait un peu de leurs **babinages rhétoriques** et **manipulations sémantiques** à la F.Ibre (*)) ! Une simple formalité, non ?
La prochaine fois que vous voulez vous faire humilier, n’hésitez pas, la porte est grande ouverte. La vache, on en rit encore…
Addition à ce billet : la suite des mesures est disponible dans le billet suivant.
Jipi et Teepee.
(*) C’est vrai que j’ai la revue de son bouquin à faire, mais il y a une telle densité de grand n’importe quoi dedans que le problème principal est de savoir par quel bout le prendre.